Développer de l'expertise dans l'accompagnement

Alors que la PNL a été conceptualisée et structurée en tant qu’une approche systémique de modélisation et transmission de stratégies d’un expert à un apprenant, il peut être intéressant de se poser la question de ce qu’est un expert et de réaffirmer la place de l’apprentissage dans la construction de l’expertise. Cela concerne directement nos façons de nous investir dans le cadre d’une formation pour ainsi créer les conditions les plus favorables à notre apprentissage. Il nous semble utile ici de ramener de façon explicite un lien entre expertise et apprentissage, de même qu’un lien entre expertise, expérience et contexte.

Plutôt que de parler de l’expertise de façon académique, nous présenterons ici quelques propositions d’idées pour penser cette notion et diminuer certains enjeux que nous plaçons parfois dans certaines situations de formation.

 

L’expert est celui qui maîtrise les bases

 

Nous pourrions penser à première vue que l’expert serait celui qui connait plus de choses, plus de concepts, plus de gestes, plus de techniques et qui aurait développé une expérience plus importante. De façon faussement paradoxale, nous pouvons en premier lieu dire que l’expert est celui qui maitrise les fondamentaux et qui y revient régulièrement. Il a certes acquis de l’expérience, a pu développer de la créativité dans la résolution de problèmes (et pour cela il fait appel à la partie en lui capable de générer de la nouveauté), mais en premier lieu il sait revenir à la base. Maitriser les gestes fondamentaux d’une pratique permet, lorsque quelque chose ne fonctionne pas, dans un accompagnement ou dans une relation, de revenir à des gestes simples que l’on connait. Nous pouvons revenir à l’essentiel. En quelque sorte, il s’agit de garder le lien à ce que l’on pourrait appeler l’esprit de l’apprenant, celui qui nous permet d’aborder le contexte de l’accompagnement comme un lieu de découverte de l’interaction entre l’autre et soi. En ce sens, penser l’expert comme celui qui maitrise les bases, permet de sortir du piège qui consiste à se tromper d’enjeu et penser devoir répondre à l’enjeu de performance et de démonstration de son expertise. Cela permet aussi de garder une limite claire entre la responsabilité de l’accompagnant et celle du client (ou patient si le praticien est thérapeute). Le praticien est maître du cadre, le client, maitre de son processus de changement.

 

Contexte

 

Nous pouvons être habitué à évoluer dans un contexte donné. Et nous pouvons avoir développé des stratégies efficaces et efficientes dans ce contexte spécifique. Il peut s’avérer utile de se rappeler que chaque situation présente des similitudes avec d’autres situations vécues, et que, de même, elle présente des différences. Aborder une situation sur la base exclusive des similitudes, amène inévitablement à considérer que si un type de situation est connu, alors le résultat est certain pour toutes les situations similaires. Ce serait là une généralisation qui oublie la subjectivité et la singularité de chaque personne, qui oublie que chaque personne peut se comporter de façon différente selon les contextes et à travers le temps. Chaque situation est spécifique et unique bien qu’elle puisse présenter de fortes similitudes avec d’autres situations. Le principe de non identité de la sémantique générale évoque cela par l’expression « la carte n’est pas le territoire ». Cela signifie qu’il est possible de voir chaque situation comme un lieu de découverte et d’apprentissage . L’expert sera en ce sens celui qui sait disposer de repères solides fondés sur le traitement de similitudes et qui dans le même temps peut intégrer de nouveaux apprentissages par sa façon d’entrer en relation avec les différences. Rappelez-vous. Apprendre à apprendre : je peux par analogie réaliser un nouvel apprentissage sur la base d’un apprentissage existant (et donc sur la base de mes relations aux similitudes) en y apportant des différences pour m’adapter au contexte. Apprendre à apprendre à apprendre : je peux intégrer une plus grande conscience des effets de ma conscience perceptuelle des similitudes et différences pour générer de la maitrise dans ma façon d’apprendre. Et je peux le faire dans une circularité, en considérant la notion de rétroaction (de causalité circulaire) et de feedback. Un résultat n’est ici alors pas un résultat définitif, mais un résultat provisoire dont je peux me saisir pour atteindre un résultat que j’évaluerai comme plus satisfaisant à la prochaine itération.

 

La pratique et ses présupposés

 

Plus important que l’aspect pratique d’une approche, il nous semble que le développement d’une expertise passe inévitablement par la capacité à associer une pratique aux postulats fondamentaux desquels elle découle, tout en étant capable de savoir repérer les conditions contextuelles qui favorisent l’efficacité de la pratique. Deux séquences de gestes (par geste, entendez ici une métaphore s’appliquant aussi à certains mouvements de pensée) peuvent sembler similaires. Cependant, si les présupposés desquels elles découlent diffèrent, ces gestes prennent des significations différentes. Une chose n’est vrai qu’en référence à un ensemble de propositions et d’ailleurs de propositions qui au fond restent non démontrables. Dans les formations que vous suivez, nous choisissons de toujours vous rappeler le lien entre une pratique et ses présupposés théoriques et conceptuels. Et nous avons constaté que la qualité d’attention portée aux présupposés, aux cadres de référence d’une pratique, distingue certainement les praticiens efficaces de ceux qui le sont moins.

 

Efficience

 

Un autre aspect de l’expertise peut être associé à la notion d’efficience. Il y a des personnes qui réalisent des actions efficaces dans un domaines donné, c’est-à-dire qu’elles peuvent atteindre un résultat donné dans une situation donné. Il y a des personnes qui réalisent des actions effectives, c’est-à-dire que leur action présente un effet. L’expert pourrait être celui qui réalise des actions effectives, efficaces et efficientes. L’efficience peut être définie comme le rapport des moyens au résultat. Je peux atteindre un résultat en dépensant une certaine quantité d’énergie cognitive et je peux atteindre le même résultat en trouvant une voie plus économe de ce point de vue. Se poser la question de l’efficience suppose la capacité à décoder des stratégies et de les rapporter à un objectif, afin de pouvoir les améliorer du point de vue de l’efficience. Ici encore nous revenons à la notion d’apprendre à apprendre à apprendre, aux apprentissages de niveau 3.

Une métaphore exprime bien cela : celle du réparateur de chaudières. Il écoute les bruits du système de chaudière pendant plusieurs minutes avant de sortir son maillet pour frapper une seule fois sur une valve. Et lorsque le contremaitre s’étonne du montant de ses honoraires, disons 1000 $ pour un seul coup de maillet, le réparateur de répondre : 5 $ pour le coup de maillet, et 995 $ pour savoir où donner le coup de maillet…

 

La différence entre juger et faire

 

La façon dont une personne intègre la possibilité de faits nouveaux, de pratiques nouvelles par rapport à ce qu’elle sait et pratique déjà, pourrait se rapporter à la différence entre juger et faire. Certaines personnes vont rejeter la possibilité de faits nouveaux ou de pratiques nouvelles en considérant qu’elles ne s’ajustent pas aux théories qu’elles possèdent. Elles préfèreront ignorer les faits, voir les travestir, plutôt que de remettre une théorie en question. D’autres personnes seront disposées à questionner la théorie existante, à évaluer des propositions nouvelles en interrogeant les présupposés et les contextes dans lesquels ces propositions peuvent être considérées comme utiles.

Il y a une différence entre juger et faire.

Dans les exercices pratiques proposés en formation, il peut être très utile de s’autoriser à faire plutôt que de juger. Si l’évaluation d’une proposition se fait en rapport à une théorie existante et uniquement dans ce cadre de référence de ce qui est connu, il est évident que la proposition pourra paraitre erronée. Face à la résistance qui peut apparaitre lorsque nous sommes confronté à des données nouvelles, il peut être intéressant de se rappeler la différence entre les critères d’utilité et les critères de vérité. En aucun cas il ne s’agit de définir qu’une chose serait plus vraie qu’une autre pour soi. En aucun cas il ne s’agit de renoncer à ses croyances. Il s’agit simplement de savoir définir dans quel contexte certaines propositions pourrait s’avérer utiles. La pratique du cadre « comme si », peut être également fort utile afin de mettre à jour cette utilité et l’expérience d’un résultat bénéfique : « Si ceci est vrai, quoi d’autre est vrai ? ».

 

Minimalisme

 

Enfin, en ce qui concerne l’expertise, il y a quelque chose d’intéressant dans l’idée du jardin zen, où l’essence de l’univers est présentée avec juste ce qui est nécessaire. L’expert pourrait être celui-là qui a su éliminer tous les gestes superflus. Ainsi, il n’est pas celui qui ajoute. Il est celui qui soustrait ce qui n’est pas nécessaire.

Alors, faites tous les gestes. Même ceux inutiles. Puis vous apprendrez à distinguer ceux utiles et ceux qui ne le sont pas. Puis vous apprendrez à diminuer le nombre de gestes inutiles. Ne cherchez pas immédiatement à ne faire que les gestes utiles. Faites-les et faites aussi tout autre chose qui vous paraît naturel. Vous verrez ensuite ce qu’il en est de leur utilité ou non utilité. 

© Pascal Malet, juin 2019