Les éléments du contexte et la relation à l’incertitude

Je vous retrouve pour une autre illustration issue d’une rencontre avec Basile, ce jeune homme venu préparer la réussite de son examen de conduite (voir l’article ici). J’ai évoqué dans un précédent article comment la résolution d’une situation passe par la résolution d’un problème de structure linguistique. J’évoque ci-après un autre aspect qui me parait important en terme de gestion de l’incertitude et d’orientation de notre attention.

Alors que Basile a pu regagner en assurance, et qu’il semble maintenant aborder la perspective de son examen de conduite de façon relativement sereine, il me dit la chose suivante : « qu’est-ce que je fais si l’examinateur me fait une remarque pendant la conduite ? ». Après un temps de réflexion, je me vois lui dire quelque chose comme : « s’il fait une remarque, alors c’est qu’il fait son boulot d’examinateur ». J’ai invité Basile à considérer l’examinateur comme une donnée de la situation et le fait que celui-ci ne fera qu’agir dans le sens de ses prérogatives et comportements possibles, est certain. Basile a saisi cette idée. Il a immédiatement pu se repositionner et orienter son attention vers ce qui était à sa portée, et vers ce qui se trouvait dans le champ de ce qu’il pouvait maitriser.

Il y a aussi cette idée dans les compétitions sportives. Vous pouvez faire ce qui est en votre pouvoir pour réaliser une performance. Mais parfois vous perdez le match alors que votre adversaire était à votre portée. Des aléas arrivent. Si nous n’avons pas à nous demander si cela va arriver ou non, nous pouvons consacrer l’énergie disponible à la préparation et au déploiement de nos aptitudes. Il est vrai cependant qu’il y aussi une chose importante, dont nous parlerons plus tard. C’est qu’il s’agit aussi de créer les conditions pour qu’une situation nous permettre d’exprimer nos talents.

Nous isolons parfois du contexte un élément que nous estimons relié au problème et nous commençons à tenter de répondre à ce seul élément plutôt que de prendre en compte les autres éléments signifiants. C’est comme isoler une étoile du reste du ciel étoilé et considérer que cette étoile est tout le ciel étoilé.

Bien sûr, la capacité à prendre des décision et à agir passe par la capacité à isoler un ensemble d’information pour ne garder que l’information pertinente. Encore s’agit-il de savoir reconnaitre les informations pertinentes et les informations non pertinentes. Ceci également, nous pourrons en parler une autre fois.

Quelle que soit la situation, cet élément, que nous l’associons à ce qui ne serait pas nous (les personnes, les objets, les situations, les activités, etc.) ou que nous l’associons à ce qui serait propre à soi (les émotions, les pensées, etc.) n’est qu’un élément du contexte. 

Nous concevons le monde de façon biaisée en persistant à imaginer qu’il devrait être sans peur, ni mort, ni blessure, ni douleur, ni perte, ni séparation, ni défaite. Mais dans ce monde, nous trouverons sur notre chemin blessure, douleur, peur, peine, séparation, défaite, perte, mort. Ces choses constituent des éléments du contexte dans lequel nous évoluons. 

Quand nous nous mettons en marche vers un objectif, il y aura autour de nous, sur le chemin, du stress, des situations imprévisibles, incertaines, indésirables, tout comme il y aura des éléments aidants et soutenants. 

L’erreur est de croire que des choses seraient à éviter et de consacrer de l’attention à les éviter plutôt qu’à tracer un chemin. Les choses arrivent tout simplement. Elles font partie des données de la situation et nous pouvons les traiter comme telles. Puisque nous le savons, nous pouvons passer à autre chose et nous consacrer à ce qui nous semble important. En cessant de les isoler de l’arrière-plan d’où elles prennent forme, nous continuons à faire ce qui nous parait important, à nous adapter d’instant en instant aux aléas et aux mouvements des situations.